Vous avez interviewé Vincent Feltesse, responsable de l’équipe numérique de François Hollande
Antishalsh : Comment jugez-vous la campagne web de Nicolas Sarkozy pour cette présidentielle de 2012 ?
La campagne numérique de Nicolas Sarkozy en 2007 avait été assez intense avec notamment quelques innovations autour de la vidéo. En comparaison la campagne de 2012 parait un peu terne. L’UMP met toujours en avant le nombre d’amis sur Facebook. Mais ce chiffre est une illusion. Ce n’est pas parce que vous avez 600.000 contacts qu’ils sont tous convaincus ou actifs, le vrai indicateur, c’est ce que l’on appelle le taux de “Like” ou “J’aime”. C’est là que l’on se rencontre que ses contacts sont extrêmement silencieux. A titre de comparaison, Jean-Luc Mélenchon, était finalement plus actif sur Facebook. Il est un peu étrange, en 2012, de voir un candidat à la présidentielle si peu présent sur la campagne en ligne.
Heretulip : La campagne se termine. Quel est votre bilan et quelles ont été vos principales actions sur le web ?
Je vais approfondir ma réponse précédente: production de vidéos qui ont été vues plus de 4 millions de fois, près de 300.000 followers sur Twitter pour François Hollande, ce qui l’instaure en tête des personnalités politiques, gestion d’une base mail de plus d’un million de contacts avec des messages de plus en plus personnalisés, organisation d’une vingtaine de «ripostes parties», veille média en temps réel - 24h/24h - pour toute l’équipe de campagne, création de Radio Hollande, première radio numérique pour une campagne présidentielle, formation de plus de 80.000 volontaires. Près de 5 millions de foyers ont donc été visités. L’abstention a reculé de deux points dans les quartiers ciblés. C’est le numérique et notamment la plateforme de mobilisation toushollande.fr qui nous a permis ce quadrillage systématique.
Marc42 : Qu’est-ce qu’une campagne numérique concrètement ?
La particularité de notre campagne numérique à été à la fois son intensité mais aussi l’utilisation du web comme un outil de mobilisation hors pair. Avec un budget numérique de plus de deux millions d’euros et une cinquantaine de membres dans l’équipe, nous avons réalisé la plus importante campagne en ligne en Europe. Nous avons produit du contenu, quelques chiffres: plus de 2,5 millions de visiteurs uniques au mois d’avril ce qui nous classe entre la 15e et la 20e place des médias en ligne (au dessus de la Croix ou des Inrocks). Nous avons, au moment des débats, organisé des «ripostes parties» pour être les plus présents sur tous les réseaux sociaux. Nous avons surtout utilisé notre base mail issue des personnes ayant laissé leurs coordonnées lors des primaires pour mener une extraordinaire campagne de porte-à-porte. Près de 5 millions de foyers ont été touché avec un réel impact sur l’abstention puisque nous allions d’abord dans les quartiers populaires. Enfin nous avons aussi innover en faisant de tous petits appels à dons. Par le numérique, la transparence est totale. Nous avons ainsi récolté près de 800.000 euros.