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Vous avez interviewé Nicolas Princen, responsable de la campagne internet et de l'agenda numérique de Nicolas Sarkozy

J’avais lu ici et là que l’UMP souhaitait s’inspirer de la campagne Obama 2008 sur le Web : l’avez vous finalement fait? Êtes-vous satisfait de votre travail sur le web en termes d’occupation du “terrain”? Est-il plus facile de communiquer sur le web qu’à la tv?

J’ai beaucoup de respect pour la campagne d’Obama, et je suis personnellement ami avec des gens qui l’ont animée et organisée. C’est un modèle de campagne, dans la bonne articulation entre la campagne sur Internet, et la campagne sur le terrain. Mais je n’ai pas voulu travailler avec des consultants américains ou des technologies développées aux Etats-Unis comme l’a fait l’équipe de François Hollande. J’ai préféré tirer les leçons de la campagne d’Obama pour essayer d’innover encore, à la française, avec des acteurs et des technologies française. Après tout : il nous appartient d’innover dans le champ des technologies comme dans le champ du politique, et s’il est intéressant de regarder ce qui se fait ailleurs, il faut aussi penser qu’on peut innover chez nous. Les Américains qui nous ont rendu visite pendant cette campagne ont par exemple été frappés par 2 innovations que nous avons portées : la plateforme NS Connect, qui est sans doute aujourd’hui la plateforme de mobilisation la plus simple et efficace qui existe dans le web politique. Et surtout par ce que nous avons fait avec les données publiques, dans la valorisation du bilan local de Nicolas Sarkozy. Concrètement, en utilisant l’open data, nous avons été en mesure de répondre à la question “qu’est-ce qui a changé près de chez moi depuis 2007” en délivrant aux Français les résultats concrets des réformes menées par Nicolas Sarkozy depuis 2007 dans leur département. Si vous allez sur la page des bilans locaux, et que vous rentrez votre département, vous trouverez tous les résultats chiffrés de l’action de Nicolas Sarkozy près de chez vous. C’est une révolution par la transparence et la proximité que cela implique, et je sais que des campagnes américaines vont s’en inspirer. Bref, je pense qu’en tant que pays, nous avons tout intérêt à essayer d’innover dans ce domaine comme dans d’autres, faire confiance à nos entrepreneurs, nos innovateurs et nos entreprises, plutôt que s’importer des technologies et des boîtes à outils développées ailleurs. Une campagne, c’est l’occasion de faire évoluer notre démocratie, tel est le sens de la place d’Internet dans cette élection.

Qu’avez-vous pensé de la campagne web de François Hollande?

Je trouve que ce qu’ils ont fait pour mobiliser leurs militants sur le porte-à-porte est intéressant et ils ont surtout su en faire une bonne publicité. Pour le reste, je n’ai rien vu de très intéressant : leur campagne a été moins sociale, moins ouverte, moins interactive et moins populaire que la notre. Les chiffres le prouvent. Je pense qu’ils ont mis beaucoup d’énergie à nous provoquer, à faire des buzz et ont porté beaucoup trop d’attention à ce que nous faisions. C’est un peu la traduction sur Internet de l’anti-sarkozysme qui fait la colonne vertébrale de leur campagne, malheureusement. Je regrette notamment que certains responsables officiels se soient laissés aller par exemple à relayer des appels à manifestation pour bloquer des visites du Président Sarkozy pendant cette campagne. Je ne cautionne pas ce type de démarche, pas très républicaine à mon sens. J’ai pour ma part demandé à mon équipe de se concentrer sur le dialogue avec les Français, le bilan, le projet, autant de choses positives, et de ne jamais céder à la provocation de quelques activistes peu inspirés. Il ne faut pas oublier qu’à travers une campagne sur Internet, se dessine une vision d’internet, et une vision de ce qu’un candidat voudra défendre et porter de cette révolution démocratique s’il devient Président. Nous préférons valoriser les éléments positifs : transparence, ouverture, dialogue, partage, et mettre notre énergie et notre imagination là dedans. C’est un choix.

Twitter a-t-il eu un si grand rôle dans cette campagne? Le taux d’activité dessus semble y être ridicule. Qu’en pensez-vous? Vous avez préféré privilégier Facebook ou Twitter?

Twitter est un outil formidable, et j’ai pris plaisir à rencontre son fondateur, Jack Dorsey, qui a également rencontré le Président de la République récemment. Mais c’est aujourd’hui un outil qui touche une minorité de Français : moins de 3 millions, et quelques centaines de milliers de personnes y sont réellement actives aujourd’hui. Facebook est pour nous beaucoup plus important, car près de la moitié des Français y sont présents. C’est 10 fois plus que Twitter au jour d’aujourd’hui. Et dans la mesure où nous voulons faire campagne auprès des Français, les écouter, leur parler, échanger avec eux, il est certain que Facebook est l’endroit où il faut être. En gros, Twitter c’est bien pour faire de l’influence et toucher les journalistes, faire du “buzz”. Facebook c’est bien pour parler directement aux Français. Les deux outils ont des fonctions différentes, et nous avons beaucoup travaillé sur Facebook où Nicolas Sarkozy domine très largement, et où nous avons développé des applications comme “Idées”, pour demander aux Français de nous faire part de leurs idées et préoccupations dans la campagne. Des milliers de personnes ont répondu présents à notre appel et les auteurs des dix idées les plus populaires ont été invitées au siège de campagne pour échanger et débattre avec Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte parole de Nicolas Sarkozy, qui est très intéressée par ce type de débat. Pour conclure, Facebook c’est un peu le lieu où se retrouve la majorité silencieuse, Twitter est aujourd’hui beaucoup plus élitiste.

Le web peut-il réellement influencer le résultat d’une élection présidentielle?

C’est difficile de répondre à cette question : l’histoire le dira. Mais il y a deux choses à considérer pour comprendre l’impact d’internet dans cette campagne. Il y a d’abord Internet comme outil de communication, qui permet de toucher facilement, rapidement et souvent gratuitement des centaines de milliers de citoyens. Nous envoyons des emails à presque 1,4 millions de personnes, sur Facebook Nicolas Sarkozy touche chaque jour plus de 700.000 personnes directement, et plusieurs millions indirectement (par l’intermédiaire de ses “amis” sur le réseau). Si vous comparez ces audiences à celles des médias classiques, vous comprendrez que cela représente une très forte audience. Mais deuxièmement, ce qui est plus nouveau c’est l’émergence du numérique comme outil d’organisation de la campagne, qui permet de mieux articuler l’organisation d’une campagne : l’organisation des meetings, la mobilisation citoyenne sur le terrain, l’action des militants dans le porte à porte, les réunions publiques, la présence sur les marchés ou les opérations de tractage. Ainsi, comme dans la vie des entreprises ou des administrations, les outils numériques changent la façon dont un parti politique ou une campagne s’organise et se déploie sur le terrain. De ce point de vue, il n’y a plus vraiment de fossé entre une campagne sur Internet, et une campagne sur le terrain. Et dans ce domaine, nous avons été les plus innovants en créant la plateforme «NS Connect», sur laquelle plus de 20.000 soutiens de Nicolas Sarkozy sont venus se connecter pour organiser toute leur action militante (online et offline) pendant la campagne. Cet outil leur permet de tout organiser à partir de leur ordinateur ou de leur téléphone portable. C’est une véritable révolution qui rend les choses beaucoup plus simples. Et c’est notre mission de rendre l’engagement politique et citoyen plus facile, plus constructif et plus amusant grâce à Internet, car l’enjeu est toujours d’intéresser les Français à la politique

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